Mérule : reconnaitre et traiter ce champignon lignivore

Vous venez de faire l’acquisition d’une nouvelle maison et en attaquant les travaux de rénovation, vous vous trouvez confronté à un mystérieux champignon sur les bois d’œuvre de votre maison. Après quelques recherches rapides sur internet, vous vous rendez compte que ce « serpula lacrymans » est un champignon lignivore redoutable qu’il va falloir vite traiter pour éviter des dégâts encore plus importants avec le risque de mettre en péril votre bien immobilier.

Les joies de la rénovation et les mauvaises surprises

Vous voilà jeune propriétaire depuis peu, et vos premiers travaux de rénovation vont commencer. Vous avez bien pris soin de lire et relire votre diagnostic immobilier, anticipé les éventuelles péripéties d’un tel chantier de rénovation, mais manque de chance, les premiers indices de présence de champignon sont sans appel.

Si vous faîtes face au mérule, on peut trouver comme ci-dessous ce genre de dégâts sur les boiseries ou à différents endroits de la maison, Ces traces ne sont pas à négliger, au contraire, il faut leur accorder un maximum d’importance. Si vous avez un doute, il faut contacter rapidement un professionnel du traitement pour valider ou réfuter son existence.

  • Une cave humide qui cache des filaments inquiétants derrière une cloison en placoplatre, avec une forte odeur de sous-bois :

champignon liginivore dans une pièce humide

  • Des plinthes et un parquet déformé qui font apparaître un énorme champignon :

plinthes et plancher touchés par le mérule

  • Une fuite de la toiture qui n’a pas été réparée :

mérule découverte sous les solives et l'isolation

Obligation de diagnostic parasitaire dans le Finistère

Dans de nombreux cas, la mérule n’est pas toujours visible, seul un œil aiguisé arrive à supposer la présence de ce champignon derrière les cloisons, sous le plancher. Le diagnostic immobilier parasitaire étant établi sur des constatations, la confirmation de présence de mérule pendant cet examen est parfois aléatoire. Il existe encore de trop nombreux cas ou les nouveaux acquéreurs découvrent la présence de ce champignon lors des travaux de démolition.

Et c’est pour remédier à ses péripéties, notamment dans le Finistère (l’un des départements de France les plus touchés par ce champignon lignivore), qu’un arrêté préfectoral a été pris. Cet arrêté impose un diagnostic mérule lors de la vente du bien chez le notaire. Cet arrêté touche plus de 25 villes du Finistère ( Quimper, Quimperlé, Brest, Morlaix…). Cet arrêté est la suite logique de la loi Alur.

Le mérule : un champignon lignivore qui détruit vos bois d’œuvre

Le champignon de mérule se dissémine grâce aux spores volatiles naturellement. C’est uniquement quand des paramètres favorables sont présents que les risques apparaissent. Parmi les facteurs déclenchant on peut compter un taux d’humidité important, la température, l’absence de ventilation et de lumière.

Conditions de développement des mérules

Après la dissémination des spores, une habitation est jugée à risque, si dans certaines zones du logement on retrouve ces paramètres :

  • Humidité : le champignon de mérule se développe à un taux moyen d’humidité compris entre 22 et 35%.
  • Température : n’aimant pas les fortes chaleurs, son déploiement est optimal à des températures comprises entre 20° et 26°
  • Confinement de l’air qui se traduit par un manque de ventilation
  • La lumière : l’obscurité est propice au développement du mycélium, tandis que la lumière favorise le développement des sporophores
  • la présence de cellulose, trouvée dans le bois et ses dérivés (cartons, journaux…)

La mérule pleureuse se développe selon ce cycle :

  • Germination des spores
  • Fixation du champignon sur le substrat (bois)
  • Attaque du substrat : hyphes et rhisomorphes
  • Développement du carpophore (le fruit), et formation des spores (sporulation)
  • Dispersion des spores par le vent, l’homme, les insectes…

Type de pourriture

Le bois d’œuvre peut souffrir de différentes pourritures. On compte parmi elles la pourriture molle, la pourriture blanche, et la pourriture brune ou cubique, conséquences de l’infestation des mérules.

pourriture cubique
La Pourriture cubique est le résultat de l’action du mérule sur les bois et de sa dégradation. On y distingue les petits cubes géométriques distinctifs

Les enzymes contenus dans le mycélium dégradent la cellulose et les hémicelluloses. En conséquence, elles décomposent le bois en une pourriture cubique, brune, rendant fragile des pièces structurelles de l’habitation.

Détecter la présence de mérule

Bien que le diagnostic parasitaire ne laisse rien apparaître, ou si des suspicions persistent lors de la visite du bien ou pendant une phase de déconstruction, vous devez être vigilent devant ces constatations :

  • La présence d’humidité anormale repérée
  • la présence d’une pourriture du bois sous forme de cubes
  • Des traces cotonneuses épaisses et blanches ( mycélium), ou comme un petit amas de mousse blanchâtre ou grise
  • Présence de filaments qui ressemble à une toile d’araignée
  • La présence de carpophores blancs et orange
  • Présence d’une poussière rouge très fine et volatile (spores), sur les parties horizontales ;
  • Des boiseries (plinthes, chambranles, escalier…) bosselées et gonflées

Ne pas confondre avec le salpêtre

L’amas de mycélium présent sur les murs peut s’apparenter à du salpêtre. IL est important de bien faire la différence entre les deux.

Bien que révélateurs dans les deux cas d’un problème d’humidité, les origines sont différentes.

Le salpêtre concerne un problème d’humidité structurelle avec la résurgence de nitre qui se cristallise en surface, tandis que le mérule est la conséquence de plusieurs facteurs (humidité, confinement, température…)

La méthode curative est radicalement différente ainsi que les coûts de traitement.

On l’appelle aussi lèpre des maisons, ce n’est pas pour rien

Les dégâts occasionnés par la mérule pleureuse peuvent être très importants et fatals pour la santé de la maison et de ses occupants si rien n’est fait. La presse relate de nombreuses situations désespérées de propriétaires en France qui se retrouvent dépourvus face à des dégâts importants et une habitation qui ne peux même plus être habitée avec des risques d’effondrement.

À Saint-Brieuc, ils se débattent contre la mérule depuis trois ans
À Saint-Brieuc, ils se débattent contre la mérule depuis trois ans (source Ouest France)

Faire appel à un professionnel CTBA+ en cas de doute

Au moindre doute, il est important de contacter une entreprise certifiée CTBA. Elle saura évaluer et confirmer la « présence » du champignon, son origine, évaluer les dégâts au sein de votre logement, et établir un devis de traitement. Votre mairie ou votre préfecture, notamment si elle est localisée dans une ville touchée par la mérule en France, saura aussi vous conseiller.

Les traitements contre la mérule

Comme toutes pathologies lourdes, il existe heureusement des traitements curatifs. Bien qu’assez conséquent, les travaux de traitement pour éradiquer le champignon de mérule doivent être réalisés par des professionnels du traitement fongique, certifiés CTBA ou QUALIBAT. En effet, ce champignon demande une très bonne maîtrise et expertise de la maladie et surtout du bâtiment.

Des travaux coûteux, mais nécessaires

Afin de réhabiliter votre habitat, il existe deux techniques de traitement. Il faut bien noter que dans tous les cas, le succès du traitement dépendra principalement de la résolution du problème de l’apport d’eau dans la maison ( chéneau qui fuit, façade fissurée, linteau poreux, gouttière percée…), et du bon fonctionnement d’un système de ventilation.

Le traitement par injection

Après l’évacuation des bois contaminés et le remplacement des pièces de bois structurelles (solives, arbalétriers…) l’entreprise de traitement va procéder à un traitement de fond.

  • Piquage des enduits de mauvaise tenue ou friables et peu adhérents aux supports
  • Brûlage des surfaces
  • Créations de puits d’injections pratiqués aux 2/3 de l’épaisseur des murs, tous les 40 cm maximum
  • Pose d’injecteurs
  • Injection abondante sous pression de fongicide et par précaution 1 ml après la dernière trace dans les quatre directions, afin de circonscrire la prolifération et d’éradiquer le champignon.

Le traitement par la chaleur

Bien que cette technique implique une mise « sous cloche » de la maison et des travaux préparatifs conséquents, le traitement de la mérule à l’air chaud reste une option proposée par certaines entreprises en France et à l’étranger.

Partant du principe que le champignon de mérule ne résiste pas à la forte chaleur, la maison est mise sous un environnement clos et hermétique afin de souffler un air chaud (50°) pendant une période d’une journée.

N.B. : il existe d’autres types de champignons lignivores comme le coniophore des caves (Coniophora puteana), ou encore le donkoporia.

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